(Le Soleil-MC) - En longeant un long boulevard typique de banlieue, rien ne laisse présager l’existence d’un coquet village, avec un centre aussi petit que plein de vitalité. Les gens le répètent, la réserve de Wendake est tranquille et dynamique à la fois, bref, le coin parfait pour se tricoter serré.
Sous le mot arrêt, il est inscrit Seten. Il y a le garage Silencieux Gros-Louis, les Raquettes Gros-Louis, la rue Max-Gros-Louis, enfin, Wendake a ses origines huronnes tatouées sur le cœur. Le centre du village se trouve à la jonction des rues Tsawenhohi, Tsishiekwen et Sashennïo. Un coin qui rassemble l’église et les plus vieux commerces du village.
«Notre commerce a débuté en 1946. On est la troisième génération», explique Christine Picard, copropriétaire du dépanneur Alphé-Picard.
M. Picard, c’est son père, mais aussi son grand-père. Le dépanneur qui n’a plus à bâtir sa réputation était au départ un casse-croûte. «Ma grand-mère envoyait mon père, Alphé, se promener avec un panier plein de chips et de liqueurs. C’était la première cantine mobile du coin.»
Au tournant de la rue, Dora Duchesneau s’affaire à réparer les vêtements des gens du village chez Le Père Georges. «Ça bouge, ici. Il y a toujours eu des commerces d’artisanat, mais depuis quelque temps, les gens ouvrent des commerces de tous genres.» Son magasin à elle et à son conjoint, Yvan Duchesneau, date d’une trentaine d’années. Il a vu le coin grandir lentement et les commerces se développer, surtout depuis que le conseil de bande, dirigé par Max Gros-Louis, a décidé de relancer le Vieux-Wendake. «On investit beaucoup ici et ça travaille. Les restaurants et magasins ouvrent.» Les résidants vous le diront, les Hurons de Wendake ont la fibre des affaires.
Observation approuvée par Christine Picard, qui soutient que la mentalité huronne est différente des perceptions que les gens ont en général des communautés autochtones. «Les Hurons sont plus sédentaires que les autres peuples. S’établir et commercer, c’est dans notre mémoire.»
Outre les commerces, le perron de la chapelle Notre-Dame-de-Lorette est un des points les plus occupés, dit-on. La messe du dimanche attire son grand lot de croyants.
«Une autre particularité, les gens font du bénévolat pour aider les personnes âgées, ce qui fait partie de notre mentalité», ajoute Dora Duchesneau. Ce n’est pas pour rien que le centre de santé, le conseil de bande et le centre Michel-Laveau, destiné aux personnes âgées, sont rassemblés sur le même terrain.
Wendake compte aussi sur plusieurs attraits touristiques pour attirer la population. Notamment le nouvel Hôtel-Musée, les chutes Kabir-Kouba, la Maison Tsawenhohi, une piste cyclable et un cœur charmant avec une population invitante.
Une expansion historique…
Si Wendake occupe aujourd’hui un territoire de plus de 100 hectares, la réserve était anciennement concentrée en son centre. Les premiers Hurons ont investi la région de Lorette au XVIIe siècle, après que près de la totalité de la population huronne eut été décimée à cause des guerres et des épidémies, passant de 30 000 à 1000 individus. Les survivants se sont établis dans la région des Grands Lacs et à Lorette. Ils ont lancé à l’époque le commerce de l’artisanat.
«Les femmes mariées à des Blancs ont perdu leur statut d’autochtone à une certaine époque, raconte Christine Picard. La réserve a diminué parce qu’elles sont allées vivre à l’extérieur.»
En 1985, après diverses modifications à la Loi sur les Indiens au Québec, ces femmes ont retrouvé leur statut très important dans cette société matriarcale. Elles sont revenues en masse, Wendake a retrouvé une partie de ses résidantes et poursuit aujourd’hui son expansion. Sa population est actuellement de 1303 individus. Comme partout, les baby-boomers sont en majorité, suivis de près par les 18-39 ans.
… et actuelle
Faisant une promenade vers Alphé-Picard, Sébastien Bellefleur arrête sa route pour piquer un brin de jasette. «Les gens viennent de l’extérieur pour s’installer ici. Moi-même, je suis arrivé ici à 16 ans de la Côte-Nord. Ma mère m’a envoyé ici pour que j’apprenne le français.» Les Hurons se déplacent donc en bonne quantité pour goûter à une autre réalité autochtone que la leur. Ils viennent de Sept-Îles, de Schefferville pour étudier le français, comme M. Bellefleur. Et l’intégration se passe assez bien. «Beaucoup de familles s’installent dans le haut de la réserve, explique Denise Jean, adjointe administrative au conseil de bande. Il se vend et se construit entre 10 et 15 maisons par année.»
C’est la nation qui gère la liste des demandeurs de terrains résidentiels et assure la délivrance de certificats de possession, de ventes et de transferts de propriétés. Les Hurons sont habituellement propriétaires de maisons typiques d’une banlieue. Les résidants sans descendance autochtone doivent être locataires. Selon la nation, il y aurait entre 300 et 400 locataires.
Malgré une expansion importante, le conseil de bande admet une mauvaise note au dossier. «On a une épicerie à environ quatre kilomètres, ça se fait bien, souligne Mme Jean. Mais le Réseau de transport de la Capitale ne vient pas partout. La partie récente, dans le haut de la réserve, n’a pas de trajet d’autobus. Mais on est en train de négocier avec la Ville.» Pour le reste, la vie coule lentement, mais sûrement dans cette petite ville où l’effervescence est palpable.
Publié par : Marcel Charland
à 05:19:41
Permalien
Comments :
Catégories :